Cette page a été réalisée à partir du rapport du professeur Maurice Tubiana, paru dans le Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine (Réf. : 1997, 181, n° 4 et 5, séances des 29 avril et 6 mai 1997).
Le tabagisme passif, qu'est-ce que c'est
?
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On parle aussi de tabagisme environnemental. |
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L’exposition à la fumée de tabac de l’environnement est souvent évoquée sous le terme de tabagisme passif. |
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C'est
une façon de la différencier du tabagisme
actif, acte
volontaire. |

| Depuis 1990, on reconnaît que la fumée des autres constitue la plus grave source de pollution de l'air. On trouve dans les pièces ayant été fréquentées par des fumeurs, outre les cancérogènes présents dans la fumée du tabac, une élévation des taux de CO et de benzène. Le tabagisme environnemental cause une gêne, il aggrave les pathologies existantes et en crée de nouvelles. |
Alors,
Docteur ? Que faire ? |
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A noter ... |
Les données récentes attribuent, dans l'Union Européenne, 91 % des cancers du poumon de l'homme et 53 % de ceux des femmes à l'usage du tabac (OMS) ; on s'est demandé si le tabagisme environnemental pouvait jouer un rôle dans les cas restants (soit, en France, environ 2 000 cancers bronchiques/ an).
Les analyses effectuées, en Amérique et en Europe, indiquent une augmentation moyenne de 35 % du risque de cancer du poumon chez le conjoint non-fumeur par rapport à celui d'un couple non-fumeur. Le risque relatif (RR) augmente en fonction du nombre de cigarettes fumées par le conjoint et du nombre d'années d'exposition. Le risque est plus élevé si au tabagisme du domicile s'ajoute celui du lieu de travail et varie avec la durée d'exposition (nombre d'heures par jour et nombre d'années d'exposition). Une dizaine d'enquêtes ont étudié l'effet d'une exposition à la fumée passive pendant l'enfance venant s'ajouter à l'exposition à l'âge adulte. Dans l'enquête, portant sur le plus grand nombre de sujets, le RR varie ainsi de 1,1 à 1,77 chez les sujets exposés à l'âge adulte (intervalle de confiance : 0,98-3,18) et atteint 3,25 (IC : 2,42-7,5) s'il s'y ajoute une exposition au cours de l'enfance. Les diverses sources d'erreurs statistiques (anciens fumeurs classés non-fumeurs, existence d'autres facteurs comportementaux ou professionnels, etc.) ont pu être éliminées et l'ensemble des données permet, maintenant, d'affirmer une augmentation de la fréquence des cancers du poumon chez les sujets exposés à la fumée des autres. Celle-ci est d'autant plus importante que l'exposition a été plus forte et surtout plus longue.
Quel est le nombre de cancers
ainsi causés ? L'étude faite aux Etats-Unis a conclu que le tabagisme
passif est à l'origine de 3000 cancers du poumon/an.
En France, où il y a quelques décennies on fumait moins qu'aux Etats-Unis, une
estimation prudente attribue aux expositions dues au conjoint fumeur, au moins
une centaine de cas par an à ce jour. En y ajoutant l'exposition pendant
l'enfance, au travail, et celle due aux membres du foyer familial autres que le
conjoint et aux amis, l'ensemble des cancers dus au tabagisme passif devrait
atteindre le double de ce chiffre, ce qui ferait de la fumée du tabac le
facteur cancérigène ayant le premier rôle dans la pollution de l'air.
En France : 2500 à 3000 morts à la suite de
maladies coronariennes dues au tabagisme passif.
Les données expérimentales et humaines montrent que le tabagisme passif entraîne une augmentation du risque de thrombose artérielle, une diminution des capacités de transport en oxygène du sang (à cause de la teneur en carboxyhémoglobine), une diminution de la capacité à l'effort même chez les sujets jeunes en bonne santé apparente, un effet défavorable sur le profil lipidique avec baisse du HDL Cholestérol, des modifications fonctionnelles et structurelles des parois artérielles qualitativement équivalentes à celles dues au tabagisme actif.
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Une étude épidémiologique, portant sur 305 000
couples suivis prospectivement, montre une augmentation de 20% du risque de décès
par maladies coronariennes chez les non-fumeurs mariés à des fumeuses (par
rapport à ceux mariés à des non-fumeuses) et une augmentation de 10% pour
les femmes non-fumeuses mariées à des fumeurs. Le risque relatif est donc
voisin de celui du cancer du poumon mais, compte tenu de la prévalence beaucoup
plus grande des maladies cardio-vasculaires, le nombre de décès estimé aux
Etats-Unis se situerait entre 30 000 et 60 000 par an.
En France, en première approximation et pour les mêmes raisons que pour le cancer du poumon, on peut admettre un chiffre de 2 500 à 3 000 décès annuels liés à cet effet, soit environ dix fois plus que celui des cancers du poumon dus au tabagisme passif. |
| Le tabagisme passif subi par les femmes enceintes non-fumeuses dont le conjoint fume semble avoir un effet équivalent à celui d'un petit tabagisme maternel (diminution du poids à la naissance d'environ 100 g) | |
| Si l'on additionne le tabagisme maternel actif et passif pendant la grossesse à celui parental après l'accouchement, on voit qu'entre 40 et 50% des nouveaux-nés français sont exposés aux effets nocifs du tabac, ce qui est un pourcentage particulièrement élevé et très préoccupant. | |
| Plus
le niveau social est défavorisé, plus le retard dans le développement
s'accentue. |
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On a démontré, depuis 1957, les effets du tabagisme maternel sur le développement du foetus et son poids à la naissance. En France, celui des enfants de femmes fumeuses est en moyenne de 200 g inférieur à celui des autres nouveau-nés. Le poids à la naissance est d'autant plus faible et la fréquence du retard de croissance d'autant plus élevée que les femmes fument davantage. Parmi les femmes enceintes qui fument, 70% consomment plus de 5 cigarettes par jour mais, même pour celles qui fument moins de 5 cigarettes, la réduction moyenne du poids à la naissance est déjà de 100g. Le tabagisme passif subi par les femmes enceintes non-fumeuses dont le conjoint fume semble avoir un effet équivalent à celui d'un petit tabagisme maternel (diminution du poids à la naissance d'environ 100 g). |
Une élévation de la mortalité périnatale avait été observée chez les fumeuses dans les études des années 60-70 ; elle n'est plus retrouvée de manière significative dans les dernières enquêtes. Une élévation de la fréquence des cancers chez les enfants d'une mère- fumeuse a été signalée par certains auteurs mais n'a pas été retrouvée dans la plupart des études. Le tabagisme parental est, en outre, un facteur très important de mort subite du nourrisson. Certes, il est difficile de distinguer le rôle du tabac pendant la grossesse de celui fumé dans l'environnement de l'enfant après sa naissance, mais il existe une relation dose-effet entre le nombre de cigarettes fumées pendant la grossesse et après la naissance et le risque de mort subite ainsi qu'une gradation du risque selon que seul le père fume, seule la mère fume, ou les deux parents fument (risque relatif d'environ 2 à 3). Enfin, le tabagisme maternel et parental a des effets sur le développement du système respiratoire et pourrait jouer un rôle dans l'insuffisance respiratoire de l'adulte.
Un point capital concerne le développement psychomoteur et intellectuel de ces enfants. Certaines études trouvent une relation statistiquement significative entre le tabagisme maternel et un retard intellectuel. Il est, cependant, difficile de conclure car les femmes qui fument pendant leur grossesse appartiennent plus fréquemment que les autres à des milieux défavorisés sur le plan socio-économique, ce qui constitue également un facteur de retard intellectuel ; de plus, le nouveau-né subit, dès sa naissance, les effets du tabagisme maternel et paternel puisque les femmes qui fument pendant leur grossesse continuent à fumer après la naissance et ont souvent un conjoint fumeur ; il est donc difficile de distinguer ce qui revient, dans le retard éventuel, au tabagisme pré ou post natal. Que le retard soit dû à l'un ou à l'autre, il mériterait d'être étudié systématiquement, pour évaluer ses conséquences éventuelles pendant l'enfance et l'adolescence. En effet, en France aujourd'hui, 25% des femmes enceintes fument, or ce pourcentage a régulièrement augmenté au cours des dernières décennies, puisqu'il était de 10% en 1972 et 17% en 1981.
Si l'on additionne le tabagisme maternel actif et passif pendant la grossesse à celui parental après l'accouchement, on voit qu'entre 40 et 50% des nouveaux-nés français sont exposés aux effets nocifs du tabac, ce qui est un pourcentage particulièrement élevé et très préoccupant.
Or le retard intellectuel ainsi causé, s'il était confirmé, serait d'autant plus nocif qu'il s'additionnerait aux facteurs liés au niveau socio-économiquement défavorisé.
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L'exposition à la fumée du tabac est associée,
chez le jeune enfant, à une augmentation du risque d'infection des voies aériennes
inférieures (bronchite, pneumonie) et supérieures, et à une irritation des
voies respiratoires supérieures, avec des rhyno-pharingites et des otites,
toutes affections pouvant occasionner des séquelles sérieuses.
Ces affections constituent la première cause de prescription d'antibiotiques, d'hospitalisation à cet âge et d'absentéisme des parents. Elles occasionneraient aux Etats-Unis environ 300 000 infections graves des voies aériennes et 330 décès. Comme en France, le tabagisme parental est plus élevé
qu'aux Etats-Unis, on peut estimer qu'environ 60 à 100 000 infections
graves et une centaine de décès pourraient être attribués à cette cause. |
Simple comme bonjour la prévention : éviter de fumer dans la maison !
Si des membres de la famille fument, ils
doivent prendre conscience qu’ils ne doivent pas imposer
aux autres leur tabagisme.
Une pièce peu fréquentée peut leur être réservée,
ou, mieux encore, ils peuvent aller sur la terrasse ou le balcon.
Et si les invités sortent leur paquet de cigarettes, il n’est pas si difficile qu’on pourrait le croire de leur expliquer gentiment de s’abstenir ou de fumer à l’extérieur.
Si malgré tout, votre maison est envahie par la fumée de tabac, pensez ventilation : aérez généreusement les pièces, faites fonctionner les systèmes de renouvellement d’air.